Quelques tuyaux de mise en page : les dialogues

avec 4 commentaires

En tant qu’éditrice et correctrice, j’ai vu défiler des textes dont la mise en page me faisait saigner les yeux. Quand il s’agit de sélectionner des textes pour la publication, j’essaie de ne pas en tenir compte : la qualité de l’œuvre prime sur sa présentation. Cependant, je n’ai pu m’empêcher de constater qu’une mise en page peu soignée annonçait un texte lui aussi assez brouillon. Ce n’est pas toujours le cas, mais sachez bien qu’en soumettant un texte mal mis en page, vous perdez des points avant même qu’on vous ait lu. Avouez que c’est dommage…

Ayez pitié également des correcteurs qui devront passer derrière vous pour redresser l’ouvrage : certaines modifications de mise en page sont faciles à réaliser (grâce, par exemple à l’outil rechercher/remplacer de Word, ou des logiciels comme Antidote capables de remplacer des tirets en cadratins sur tous les dialogues d’un texte en quelques secondes), mais d’autres sont une vraie plaie, comme les guillemets mal placés. Croyez-moi, vous ne voulez pas que votre correcteur vous déteste. Vraiment. Vous ne voulez pas. Une journée passée sur la mise en page et la typo, c’est une journée de moins passée sur le texte lui-même, et quand on connaît les délais parfois serrés en vigueur dans l’édition, la qualité du travail peut s’en ressentir.

Passons donc en revue quelques astuces qui vous permettront facilement de présenter un texte impeccable à un éditeur, et comme il s’agit d’un vaste programme, concentrons-nous aujourd’hui sur les dialogues.

1. Éradiquez les listes à puces !

Oui, éradiquez-les ! Les listes à puces sont cochées dans les paramètres par défaut de Word. Le meilleur moyen de s’en débarrasser est donc de modifier ces paramètres, autant pour qu’elles ne viennent jamais vous enquiquiner que pour veiller à la santé mentale de votre correcteur.

Voyons d’abord de quoi on parle : une liste à puces, c’est quoi ? C’est ce système qui vous permet, lorsque vous faites une énumération, de voir les éléments de votre liste décalés vers la droite et précédés d’un tiret ou d’un petit rond noir (la puce, c’est elle !). C’est tout à fait pratique quand on rédige un mémoire, par exemple, mais certainement pas dans un dialogue ! Pourquoi ? Parce que chaque élément de la puce se voit décalé vers la droite.

Sans titre

C’est qu’on veut, plus ou moins : dans un dialogue, il y a toujours un alinéa avant le cadratin (qu’est-ce qu’un cadratin ? On en parle peu après !). Par contre, la deuxième ligne, elle, n’est jamais décalée. Vérifiez dans les livres disponibles dans votre bibliothèque. Or, si l’on utilise une liste à puces, chaque ligne du dialogue est décalée vers la droite.

Sans titre

Pire : comme la liste à puces est automatique, lorsque vous revenez à la narration, vous êtes obligé de vous livrer à une manipulation (supprimer la puce et l’alinéa qui apparaissent lorsque vous allez à la ligne) pour retrouver une mise en page normale. Il y a pourtant plus simple ! On peut taper son texte au kilomètre, sans se soucier d’alinéas, et les ajouter une fois le texte terminé. Le résultat final doit ressembler à ceci :

Sans titre

Voici donc comment vous allez paramétrer Word pour vous débarrasser de cette aide plus enquiquinante qu’autre chose. En haut à gauche de l’interface Word se trouve un bouton aux quatre couleurs de Windows (dans certaines versions, il s’agira de l’onglet Fichier). Lorsque l’on clique dessus s’ouvre une fenêtre que vous devez déjà bien connaître. En bas à droite de cette fenêtre, cliquez sur « options Word ».

Une nouvelle fenêtre s’affiche.

Sans titre

 

Cliquez sur vérification : une nouvelle fenêtre va apparaître.

 

Sans titre

 

Et cliquez sur Options de correction automatique.

 

Sans titre

 

Il y a beaucoup d’options intéressantes à voir dans cette fenêtre, mais ce qui nous intéresse ici c’est l’option « Listes à puces automatiques », qui chez moi est décochée, mais ne l’est pas chez vous si vous rencontrez ce problème ! Décochez-la sans scrupules, validez, et écrivez des dialogues en toute quiétude. Personnellement je n’utilise pas libreoffice, je le connais donc très mal, mais il existe un tutoriel pour faire la même manipulation sur votre logiciel.

 2. Passez au tiret cadratin !

Si vous commencez vos lignes de dialogue par des « tirets du 6 », il va falloir perdre cette fâcheuse habitude. Les éditeurs demandent régulièrement, dans leurs règles de soumission, que l’on utilise un cadratin. Il s’agit d’un tiret plus long, et le tiret standard utilisé pour les dialogues.

Cependant, on a beau le demander, un bon tiers des auteurs persistent à utiliser le tiret du 6, et ça, ça, croyez-moi, ça énerve ! Vous devez respecter les règles de soumission des éditeurs, sans quoi on en conclura vite que vous ne les avez même pas lues.

Il y a de multiples façons de faire un cadratin.

La première se trouve dans les options de Word. Si vous suivez le même chemin que celui utilisé par les listes à puces, souvenez-vous, vous arrivez à cette fenêtre.

Sans titre

 

Cette option, une fois cochée, permet de taper deux traits d’union pour qu’il soit automatiquement remplacé par un cadratin. On peut aussi régler les paramètres de correction automatique si l’on n’a pas cette option.

Vous pouvez également utiliser les raccourcis clavier (un outil si pratique qu’il pourrait faire l’objet d’un article à part entière !). Pour réaliser un cadratin, appuyez sur la touche Alt, gardez-la enfoncée, et tapez 0151 avec votre pavé numérique. Et hop : —.

Cette méthode ne fonctionnera cependant pas si vous utilisez un ordinateur de type netbook, dépourvu de pavé numérique. Vous pouvez tester Alt+Fn+0151, mais cela ne marche pas sur tous les modèles.

Si aucune des deux méthodes ci-dessus ne fonctionne chez vous, pas de panique, il en existe une troisième.

Allez dans l’onglet insertion, cliquez sur symboles.

Sans titre

 

Cliquez sur autres symboles et une fenêtre apparaît.

 

Sans titre

 

Chaque symbole a son propre code. Celui du cadratin est 2014. Dans la fenêtre « Code du caractère », tapez 2014, donc.

 

Sans titre

 

On voit que le cadratin est sélectionné en surbrillance bleue. Il ne reste plus qu’à cliquer sur « insérer », et c’est bon. Pour vous éviter cette démarche fastidieuse à chaque ligne de dialogue, copiez le cadratin (Ctrl+C) et collez-le chaque fois que vous en avez besoin (Ctrl+V).

[Note d’un lecteur :  Il y a moins chiant que de copier-coller les cadratins, il suffit de lui attribuer une combinaison de touches (style CTRL+ALT+tiret). Ou plus simple encore, dans les préférences de frappe, forcer le remplacement automatique ( – – pour demi-cadratins et – – – pour cadratins, c’est ce que j’utilise). Merci Morgan]

Vous n’avez plus aucune excuse, désormais 😉

3. Mettre des guillemets ou pas ?

Si vous ne savez pas où placer les guillemets dans un dialogue, n’en mettez pas ! Cela vaut mieux que d’en mettre n’importe où, ce qui donnerait un travail fou au correcteur par la suite pour réparer vos bêtises.

Toutefois, si comme moi vous êtes de l’ancienne école et que vous tenez aux guillemets, voici comment procéder.

Basiquement, au tout début du dialogue, on mettra un guillemet ouvrant : «.

Et à la fin du dialogue, un guillemet fermant : ».

Pour les guillemets à mettre au milieu, attention, c’est là que ça se gâte ! En mettre ou pas dépend de la présence d’incises et de leur longueur. Un exemple valant mieux qu’un long discours, nous allons partir d’un extrait de De spiritiS, de Tesha Garisaki, que nous allons correctement ponctuer. Voici l’extrait, sans guillemets.

— Cette maison n’est en aucun cas assez grande pour qu’une pareille pièce puisse s’y trouver, remarquai-je.
— Avez-vous écouté ce que je vous ai dit ? Elle marqua un arrêt, et me regarda dans les yeux en m’assénant : Oh, non, j’y suis. Vous n’en avez pas cru un traître mot, n’est-ce pas ?
Je ne répondis pas.
— Nous sommes ici dans son imaginaire et il l’ignore. N’oubliez jamais cela.

Nous allons commencer par mettre un guillemet ouvrant au début, et un fermant à la fin. Attention ! On ne cumule pas guillemets et cadratins, il va donc falloir remplacer le cadratin de la première ligne par le guillemet ouvrant.

« Cette maison n’est en aucun cas assez grande pour qu’une pareille pièce puisse s’y trouver, remarquai-je. 
— Avez-vous écouté ce que je vous ai dit ? Elle marqua un arrêt, et me regarda dans les yeux en m’assénant : Oh, non, j’y suis. Vous n’en avez pas cru un traître mot, n’est-ce pas ?
Je ne répondis pas.
— Nous sommes ici dans son imaginaire et il l’ignore. N’oubliez jamais cela. »

Si jamais il y a une incise à la fin de la dernière ligne de dialogue, un « ajouta-t-elle », par exemple, on exclut l’incise en mettant le guillemet avant. N’écrivez jamais :

— Nous sommes ici dans son imaginaire et il l’ignore. N’oubliez jamais cela, ajouta-t-elle. »

 Faites ainsi :

— Nous sommes ici dans son imaginaire et il l’ignore. N’oubliez jamais cela », ajouta-t-elle.

 Le guillemet fermant vient avant la virgule de l’incise, et on ne met pas de point à la fin de la réplique (le point final de la phrase se trouve après l’incise, mais on ne va pas rentrer dans ce genre de détails aujourd’hui, ou ça nous prendrait la soirée).

Pour les guillemets intermédiaires, on va prendre en compte la règle suivante : le dialogue est interrompu par des incises. On ne mettra des guillemets que si l’incise forme une phrase complète (sujet + verbe + complément + …). Dans notre exemple, cela donne :

« Cette maison n’est en aucun cas assez grande pour qu’une pareille pièce puisse s’y trouver, remarquai-je (Cette incise est courte et ne constitue pas une phrase complète : pas de guillemets.)
— Avez-vous écouté ce que je vous ai dit ? » Elle marqua un arrêt, et me regarda dans les yeux en m’assénant (Cette incise est une phrase complète : nous mettons un guillemet fermant avant et un guillemet ouvrant après les deux points)«  Oh, non, j’y suis. Vous n’en avez pas cru un traître mot, n’est-ce pas ? » (Cette ligne de dialogue est suivie d’une phrase indépendante, nous fermons les guillemets et les rouvrirons après.)
Je ne répondis pas.
« Nous sommes ici dans son imaginaire et il l’ignore. N’oubliez jamais cela. »

Comme vous le voyez, c’est assez complexe. Et encore, nous ne faisons ici qu’effleurer l’art délicat de la ponctuation des dialogues, qui mériterait un article à part, tant il existe encore une foule d’excentricités à prendre en compte… Retenez donc ceci : si vous ne maîtrisez pas les guillemets, ne les utilisez pas.

En suivant ces quelques conseils, vous pouvez mettre en page vos dialogues correctement et soumettre votre texte à un éditeur sans le faire pleurer. Encore que : il y a encore bien des points qu’il faudrait aborder avant de prétendre avoir fait le tour de la question de la mise en page, mais au moins, vos dialogues seront joliment présentés ce qui, plutôt que de vous faire perdre des points bêtement, mettra l’éditeur et le comité de lecture en de bonnes dispositions à votre égard.

Nous mettrons d’autres articles en ligne au sujet de la mise en page, mais aussi à propos de l’écriture et du processus éditorial. Si vous vous posez des questions (Comment bien soumettre mon texte ? Que se passe-t-il après que j’aie soumis mon texte ? Comment fonctionne un comité de lecture ? etc.), n’hésitez pas à les indiquer en commentaire, nous rédigerons des articles pour y répondre.

Si la série d’articles à venir vous intéresse, vous pouvez vous inscrire au flux RSS ou nous retrouver sur Facebook et Twitter en cliquant sur les icones tout en haut de cette page. Abonnez-vous pour être prévenus de nos parutions !

En attendant, je vous souhaite beaucoup d’inspiration et de plaisir dans l’écriture !

 

Des bisous,

Floriane

4 réponses

  1. CHANY
    | Répondre

    Bonsoir et merci pour l’article très clair grâce aux illustrations.
    Je serai effectivement curieuse de savoir comment fonctionne un comité de lecture ?

    belle soirée à vous

    • Floriane Moisan
      | Répondre

      Très bien, je vais tâcher d’y répondre assez vite ! Bonne soirée !

  2. […] Lire la suite : Quelques tuyaux de mise en page : les dialogues – Realities Inc […]

  3. Xavier
    | Répondre

    Pour les courageux et les curieux, il existe aussi un article chez Une Plume & Une Voix qui référence joliment toutes les mises en page de dialogue, allant jusqu’à ceux en vigueur au théâtre : http://www.uneplume.net/2012/12/typographie-du-dialogue/

Laisser un commentaire